Observation de la place des femmes dans le processus électoral tunisien 2014 : Une présence fragile et des droits à protéger

Observation de la place des femmes dans le processus électoral tunisien 2014 : Une présence fragile et des droits à protéger

La Ligue des électrices Tunisiennes (LET) a organisé, au cours de la journée du mercredi 29 avril 2015, une conférence de presse pour présenter son rapport final concernant l’Observation de la place des femmes dans le processus électoral tunisien 2014. Initié et financé par la Fondation Heinrich Böll, ce projet ne s’est pas concentré uniquement sur les élections en soi mais surtout sur tout le processus électoral. En effet, la Fondation Heinrich Böll est particulièrement intéressée par la démocratie du genre. Une démocratie qui, toujours selon la Fondation, garanti l’émancipation sociale et l’égalité des droits pour les femmes et les hommes. C’est justement dans ce cadre que la Fondation a proposé sa collaboration à la Ligue des électrices Tunisiennes.

La séance a été inaugurée par le mot d’ouverture de madame Besma Soudani Belhadj, présidente de la Ligue des électrices Tunisiennes. Lors de son allocation, madame Soudani a assuré que les différents experts qui ont élaboré ce projet se sont concentrés surtout sur le processus électoral tunisien de 2014. La présidente de la LET a expliqué que le processus électoral ne se limitait pas uniquement aux jours des votes mais à tout le déroulement des élections. Cela englobe la campagne électorale, la procédure des inscriptions, la coordination avec les différentes composantes de la société civile travaillant sur les élections – comme, par exemple, l’association Mourakiboun – et le rendement de l’Instance supérieure pour l’indépendance des élections. Besma Soudani a indiqué que la LET a émis un rapport concernant la place de la femme dans le processus électoral. Dans ce sens, elle a expliqué que la LET est la première association féministe à avoir obtenu des accréditations. Par ailleurs, madame Soudani a indiqué que, lors des élections de 2011, la participation de la Femme n’a pas été au centre des intérêts. C’est pour cela que la Ligue des électrices Tunisiennes a pour projet de se concentrer sur ce volet pour les élections municipales, prévues pour le début de l’année 2016. Madame Soudani a présenté des chiffres alarmants : selon la président de la LET, trois cent mille femmes tunisiennes ne possèdent pas de carte d’identité nationale. De ce fait, elles sont automatiquement éliminées du processus des élections. Au niveau de l’Assemblée des représentants du peuple, 33,18% des députés sont des femmes. 126 femmes ont été têtes de listes sur un total de plus de mille listes électorales.

Revenant au sujet des femmes qui ne détiennent pas de CIN, madame Soudani a expliqué qu’il fallait absolument soutenir la société civile qui travaille dans le but de faire bénéficier ces femmes de leur droit. Dans ce sens, elle a assuré que seulement six mille femmes sur les trois cent mille ont pu récupérer une CIN.

Monsieur Joachim Paul, directeur du bureau de la Fondation Heinrich Böll de Tunis, a insisté sur l’importance de voir naître de tels projets dans le processus transitoire tunisien. Installée en Tunisie depuis trois ans, la Fondation Heinrich Böll met à la disposition du pays tous les moyens afin de l’aider dans cette phase puisqu’elle considère que c’est le seul pays de la région à avoir réussi dans l’expérience de la démocratie. La Fondation Heinrich Böll a soutenu la société civile dans son rôle d’observatrice lors des élections de 2014. Un rôle majeur tenu par la société civile qui a su redonner confiance à l’opinion publique. Joachim Paul a insisté sur l’importance de ce rapport qui sera employé dans les autres pays arabes.

De son côté, Anouar Mnassri, juge auprès du Tribunal administratif et experte participante au projet, a présenté une communication placée sous le thème ‘les recommandations de la LET à la lumière des conclusions quant à la place de la Femme dans le processus électoral.’Madame Mnassri a assuré que le droit a toujours été le mécanisme qui conduit au changement. Dans ce sens, la juge a présenté des propositions de législations qui garantiront à la femme tunisienne d’être plus active et influente lors des prochaines élections.

En ce qui concerne les taux des inscriptions aux listes de vote des législatives 2014, Anouar Mnassri a estimé que, et malgré les grands efforts déployés par l’ISIE, les chiffres restent insuffisants. S’exprimant au sujet de la parité imposée au niveau des listes électorales législatives, madame Mnassri a expliqué que cette loi a servi les hommes plutôt que les femmes. De même que pour la loi de l’élection présidentielle qui n’a pas servi la position de la Femme.

Pour la sociologue Dorra Mahfoudth, les élections sont un défi pour l’instauration de la démocratie et surtout celle qui concerne du genre. Madame Mahfoudth a estimé que l’inclusion des femmes au sein de l’administration électorale est restée insatisfaisante. La sociologue a déploré l’absence d’études sociologues concernant les élections dont la Tunisie a pourtant besoin. Pour elle, certains chiffres méritent d’être étudiés afin de mieux lutter contre la discrimination à l’encontre des femmes.

Quant à la coordinatrice générale du projet, maître Selima Ben Kheder, le sujet de communication a tourné autour de l’étude du comportement des électrices. Maître Ben Kheder a établi une comparaison entre le vote des femmes en 2011 et en 2014. A partir de cette comparaison, la coordinatrice générale du projet a fait une estimation pour les prochaines élections municipales.

Avant de prendre fin, les présents ont assuré que leur rapport ouvre des horizons sur les élections municipales qui représentent une nouvelle possibilité pour une nouvelle étude du genre.

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