Sur la plage, abandonnés

Atlas du Plastique

Plages baignées de soleil, palmiers à perte de vue… et déchets qui s’accumulent au bord de l’eau. Les touristes sont en quête de paysages immaculés, mais ils contribuent à les abîmer par leur négligence. Et les systèmes de collecte des ordures ne peuvent pas suivre.

Les images de morceaux de plastique flottant en mer ou s’échouant sur les plages sont devenues monnaie courante dans les médias ces dernières années. Des millions de tonnes de déchets plastiques se répandent chaque jour dans les océans, charriées par les fleuves, expulsées par les conduites d’écoulement, déversées ou perdues par les bateaux ou encore emportées au large par les vagues. Partout dans le monde, les lignes de marée haute des plages sont aujourd’hui souillées par des monceaux de plastiques qui font fuir les touristes et ternissent l’image de destinations de rêve telles que les Caraïbes ou Bali.

L’industrie du tourisme doit se pencher sur le problème, ce qui est déjà le cas dans certains lieux où les professionnels prennent peu à peu leurs responsabilités. 80 % des séjours touristiques ayant lieu en zone côtière, la pression est particulièrement forte sur les destinations de bord de mer qui sont tout simplement dépassées par le nombre de touristes qu’elles accueillent chaque année. Elles doivent en effet faire face à des coûts élevés en matière de nettoyage si elles veulent continuer à attirer des visiteurs.

Les dégâts dus à la pollution des océans par le plastique sont colossaux : une estimation du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) les chiffre à 13 milliards de dollars par an. Une partie de ces coûts est endossée directement par certaines industries et communautés côtières à travers des opérations de dépollution et d’enlèvement des déchets. Une autre se traduit par des pertes de revenus issus de la pêche et du tourisme. Mais d’une manière générale, les études et les données manquent pour les quantifier précisément. Il est en outre difficile d’attribuer une valeur monétaire à des phénomènes comme l’impact des espèces invasives qui se nourrissent des débris de plastique dérivant au gré des courants océaniques.

Il serait faux de dire que le tourisme n’est que la victime innocente de la pollution due au plastique, car il en est aussi l’une des principales causes en ce qu’il accentue l’empreinte environnementale des voyageurs. Se rendre dans une destination exotique – le plus souvent en voiture ou en avion – génère en effet des émissions de dioxyde de carbone. Les touristes sont en outre bien plus enclins à utiliser des produits et emballages plastique à usage unique en vacances qu’en temps normal. Et dans les aéroports, les avions ou les trains, ou encore aux stations-services, les services de restauration compensent leurs contraintes d’approvisionnement en vendant la nourriture dans des emballages à usage unique et les boissons dans des bouteilles en plastique.

Les bouteilles en plastique, pailles et autres sacs sont faciles à repérer, mais les déchets sur les plages incluent des produits moins immédiatement visibles comme les mégots et les cotons-tiges.

Une fois arrivés à destination, les touristes sont confrontés à des produits et des situations auxquels ils ne sont pas habitués. Ils ont alors davantage tendance à acheter des aliments emballés et ils ne savent pas toujours comment utiliser les services de recyclage locaux (quand il en existe). De nombreuses destinations touristiques manquent d’équipements pour collecter et traiter les quantités toujours croissantes de déchets générées par le grand nombre de visiteurs qu’elles reçoivent. Bien souvent, les touristes jettent leur détritus dans la nature, chose qu’ils ne feraient pas dans leur environnement habituel. La quantité de déchets plastiques qui finissent dans la Méditerranée augmente ainsi de 40 % pendant la saison estivale, soulignant le lien direct entre industrie du tourisme et pollution due au plastique.

Selon l’Association internationale du transport aérien, un passager produit en moyenne 1,4 kg de déchets par vol, ce qui a porté le total en 2017 à 5,7 millions de tonnes. Leur collecte, réalisée par le personnel de cabine ou des équipes de nettoyage, résulte en un mélange de détritus déchargés une fois à destination. Mais comme les systèmes de traitement sont partout différents, une petite quantité seulement de ces ordures est finalement recyclée.

Les avions étant devenus au fil des années des environnements hautement optimisés, le plastique a été progressivement privilégié : les réglementations sanitaires imposent que la vaisselle et la nourriture soient emballées, ce qui accroît l’utilisation d’articles en plastique bon marché. Il est également important pour les compagnies aériennes de réduire le poids des avions, car cela fait tout à la fois baisser la consommation de carburant, les coûts et les émissions de CO2. Le matériau léger qu’est le plastique l’emporte donc souvent face à d’autres plus respectueux de l’environnement mais plus lourds.

Un petit nombre de compagnies aériennes proposent une approche différente et s’orientent petit à petit vers des vols sans plastique. Elles adoptent des plateaux, de la vaisselle, des couverts et des emballages compostables ou réutilisables et privilégient le papier, le bambou ou le bois. Tui Group, le numéro un du tourisme et du voyage dans le monde, s’est notamment engagé en 2018 à supprimer 250 millions de pièces de plastique à usage unique d’ici 2020 de ses hôtels, bateaux de croisière, avions, destinations et bureaux.

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Au début des années 2000, les Sardes triaient peu leurs déchets, mais suite à une prise de conscience, les pratiques en la matière ont changé.

La saisonnalité est un problème de taille pour les villes touristiques et les lieux de villégiature. Les vagues et les marées rejettent des déchets plastiques tout au long de l’année, mais les dispositifs et infrastructures de traitement doivent redoubler d’efficacité en haute saison lorsque le nombre de touristes est à son maximum et, avec lui, la quantité de déchets à éliminer.

La Sardaigne montre qu’il est possible au niveau local d’inverser la tendance en matière de production et d’élimination des déchets. En 2003, seuls 3,8 % de ceux-ci étaient triés. Ce chiffre dépasse aujourd’hui les 60 % et il est en bonne voie pour atteindre l’objectif de 80 % d’ici 2022. La solution a consisté à se démarquer de ce qui se fait ailleurs en Italie, où des points de collecte centraux ont été mis en place, et à instaurer une collecte séparée et porte-à-porte des déchets. La taxe sur les ordures a été augmentée et un système d’incitations économiques a été introduit pour exhorter les municipalités à atteindre des objectifs successifs : elles reçoivent une récompense ou se voient au contraire infliger des pénalités en fonction des avancées qu’elles réalisent.
du tout au tout.