4. Ce que le commun n’est pas : le mythe de la « tragédie des communs »

En Bref

Les économistes classiques ont longtemps considéré les communs comme un ensemble de ressources à la disposition de tous, ou pouvant potentiellement devenir une propriété et un bien collectif, à l’instar des océans, de l’atmosphère, de l’espace extra-atmosphérique ou encore Internet. Ainsi, on se concentre sur les communs, en tant que ressource ou propriété, et non sur le commoning.

Le projet Kid'Chen à Makther

Cette manière d’aborder les communs est révélatrice d’une vision de l’économie de marché qui déforme les réalités biophysiques et sociales. Selon cette approche, les êtres humains seraient séparés les uns des autres et existeraient indépendamment des systèmes terrestres.

 C’est la vision économique de la vie : les êtres humains sont représentés comme des individus autonomes qui cherchent constamment à maximiser leur « utilité personnelle » à travers la concurrence sur des marchés régis par une logique évolutionniste. Cela suppose que les organismes vivants sont mieux gérés par les droits de propriété individuelle et que notre relation avec notre planète doit reposer sur l’extraction et répondre aux besoins du marché.

Dans un court – mais non moins influent – essai publié dans la revue Sciences en 1968, l’écologiste Garrett Hardin invitait ses lecteurs à imaginer une pâture commune et accessible à tous, où aucun éleveur ne ressentirait le besoin « rationnel » de limiter le pâturage de son bétail. Garrett en conclut qu’inévitablement, chaque fermier utilisera autant que possible les ressources partagées. Cette surexploitation va le mener à sa perte : c’est ce que Garrett appelle « la tragédie des biens communs ».

Au cours des cinq dernières décennies, l’essai de Hardin est devenu l’un des ouvrages les plus cités dans la littérature scientifique. Il est considéré comme un véritable truisme par les économistes et les politiciens. Malheureusement, la description de Hardin n’est pas réaliste. L’auteur dépeint un régime d’accès libre, sans contraintes, où tout est gratuit. Cette définition ne rend pas compte de la réalité des communs.   

Le commun est formé d’une communauté distincte d’individus qui gèrent la richesse partagée. Chacun œuvre à négocier les termes de la gouvernance par les pairs, à résoudre les conflits au sein du groupe, tout en s’appliquant à surveiller et à assurer le respect des règles.

Jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la « tragédie des communs » sert encore d’argument pour louer les vertus de la propriété privée et pour occulter la coopération autoorganisée que l’on trouve, au quotidien, partout dans le monde.

L’éminente politologue et économiste Elinor Ostrom a grandement contribué à déconstruire ce mythe de la tragédie des communs. Elle a été la première femme à remporter le prix Nobel d’économie, qu’elle a reçu pour ses recherches approfondies sur les expériences réussies de gestion des communs. Tout au long de sa carrière, elle a documenté plus de 800 cas, partout dans le monde, développant ce qu’elle a appelé les « 8 principes de gestion des communs ».

Nous vous encourageons à mieux vous documenter sur ces principes de conception pour mieux déconstruire le mythe de la tragédie des communs. Parallèlement, vous pouvez aussi vous informer sur les « 8 points de référence pour le Commoning », élaborés en 2012 par les participants à l’école d’été, la German Sommerschool on the Commons. Ces derniers ont réfléchi sur les principes de Elinor Ostrom pour les aborder selon le point de vue d’un commoner. Ce qui peut être utile pour toute personne qui serait intéressée par la création d’un commun ou tout individu déjà actif et souhaiterait réfléchir sur leurs modes de fonctionnement. 

Une courte animation qui explique le mythe de la tragédie des communs :

The Myth of the Tragedy of the Commons - Nico

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